De Jordy, pour ManuteaClub de jet-ski, TahitiSeptembre 2026

Moorea est fermée.
Ce qui la remplace est meilleur.

Je te dois une explication complète, parce que le projet dont on avait parlé n'existe plus, et parce que celui qui le remplace ne te demande pas la même chose. Tout est là, y compris ce qui n'est pas prouvé.

D'abord, pourquoi je fais ça

Je veux rouler en jet-ski, et je veux que ça se paie tout seul

Autant te le dire d'entrée. Je ne cherche pas le meilleur rendement possible sur mon argent, j'ai déjà une activité pour ça. Je veux avoir des machines à disposition, pouvoir sortir avec des potes, et que l'ensemble soit un actif au lieu d'un gouffre.

Ça change ce que je te propose. Ce n'est pas un projet où on maximise à tout prix. C'est un projet où on construit quelque chose de solide et de propre, qui tourne sans nous étouffer.

Ce qui est mort

La location touristique à Moorea est bloquée, et pas par un détail

Le comité qui gère l'espace maritime de Moorea rend un avis défavorable systématique aux nouvelles activités de jet-ski depuis mars 2025. Ce n'est pas un dossier à mieux ficeler, c'est une porte fermée.

Et même ouverte, le modèle ne tenait pas. Louer à des touristes oblige à fournir un guide breveté sur l'eau, ce qui coûtait près de quatre millions de francs par an, plafonnait la flotte à quatre machines, et imposait une présence à chaque sortie. Le carburant était à notre charge, trente-trois mille francs par sortie.

Ce qui débloque tout

On change de client, et la moitié des contraintes disparaît

Le texte qui encadre les jet-skis sépare deux régimes. Le guide, le plafond de quatre machines et la présence obligatoire n'existent que parce que le touriste n'a pas le permis mer.

En louant à des Polynésiens qui ont déjà leur permis, rien de tout ça ne s'applique. Ce n'est pas une interprétation : les mots guide, brevet et accompagnateur n'apparaissent pas une seule fois dans le chapitre sur la location.

Les deux façons de louer un jet-ski, et ce qu'elles imposent

Et il y a plus de quarante mille titulaires du permis en Polynésie, avec mille cinq cents de plus chaque année. Ce chiffre vient de l'administration maritime elle-même.

Ce que c'est, concrètement

Un club à abonnement, cinq machines, une cinquantaine de membres

Les membres payent tous les mois, réservent leur créneau sur une application, viennent chercher la machine, font leur plein eux-mêmes et la ramènent. Trois formules : semaine, week-end, et une premium sur les machines haut de gamme.

5machines
50membres visés
11,8 MXPF encaissés par an
5,9 MXPF de marge, usure comprise
12mois pour rembourser la mise

La première question que tout le monde pose, c'est si cinquante personnes pour cinq machines, ça coince. La réponse est oui, mais à un seul moment de la semaine.

Occupation moyenne des créneaux, cinq machines par case

Le samedi matin, il y a cinq places pour cinquante membres

Personne ne veut sortir le mardi à quatorze heures. Tout le monde veut le samedi matin. C'est pour ça qu'on ne peut pas vendre un accès illimité, et aucun club au monde ne le fait. On a épluché les règlements de onze clubs, dont quatre en jet-ski pur. Ils vendent tous un nombre de sorties par mois, avec un quota week-end séparé.

Les quatre règles du club

  • Un créneau dure trois heures. Trois créneaux par jour et par machine, check-in compris.
  • Deux réservations en cours au maximum. Sans ça, un membre motivé bloque tous les samedis de la saison dès son inscription.
  • Deux créneaux de week-end par mois. Deux clubs de jet-ski indépendants tombent sur le même chiffre.
  • Dix mille francs si on ne vient pas sans prévenir. Un créneau raté prive deux autres membres.
L'argent, sans rien cacher

Ce qui rentre, ce qui sort, et ce qui reste

Le carburant n'est pas dans ce calcul, et c'est le point le plus important : dans un club, c'est le membre qui fait son plein. Dans le modèle touristique, il nous coûtait trente-trois mille francs par sortie.

Une année complète, en XPF

Ces charges ont été refaites deux fois. Je portais d'abord un forfait de six cent mille francs par machine et par an. Il était faux : l'entretien n'est pas un forfait, c'est une fonction des heures moteur, et le stockage coûte à lui seul autant que l'entretien. La marge est passée de 7,3 à 5,9 millions quand on a corrigé. Je préfère que tu voies le vrai chiffre.

Ce qu'il faut mettre au départ

Dix millions neuf cent cinquante mille francs, pour cinq machines neuves et leurs remorques. Les prix viennent des grilles tarifaires de deux concessionnaires de Tahiti.

D'où vient l'argentXPFCe que c'est
Aide publique3 000 000Elle finance la moitié des équipements neufs, plafonnée à trois millions, et elle ne se rembourse pas. Cinq machines neuves saturent le plafond, c'est pour ça qu'on prend du neuf.
Prêt à 2 %, garanti à 80 %~6 000 000Jusqu'à deux ans avant la première échéance. C'est ici que ton dossier bancaire compte, et j'y reviens plus bas.
Saisons payées d'avance~2 000 000Les membres qui prennent un pass de six ou douze mois payent avant la saison.

Une machine neuve d'entrée de gamme coûte 1 990 000 francs chez le concessionnaire. Une occasion se demande 1 700 000 en médiane sur le marché réel. Pour 290 000 de plus, on a du neuf sous garantie au lieu d'une machine de dix à quinze ans, et l'aide double. C'est l'arbitrage le plus rentable du dossier.

Comment on remplit le club

Le permis mer est la porte du marché, et on peut la payer à nos membres

Conduire un jet-ski exige un permis mer, sans exception. Je l'ai longtemps vu comme une contrainte. C'est en fait le seul levier qui fabrique des clients au lieu d'en prendre à quelqu'un.

Le permis côtier coûte entre vingt-deux et trente-huit mille francs tout compris, timbres et école. L'examen a lieu tous les mercredis à Papeete, quarante-huit sessions par an, et aucun texte n'impose de durée de formation : le format dominant est le week-end. Une école le sort même en quarante-huit heures.

1 500 personnes le passent chaque année

Le chiffre vient de l'administration maritime, dans son propre appel d'offres. Ces gens viennent de payer trente mille francs et deux week-ends pour avoir le droit de piloter quelque chose qu'ils ne possèdent pas. C'est le meilleur moment de leur vie pour leur parler d'un club, et l'école qui les forme est exactement au bon endroit pour le faire.

On ne peut pas devenir école nous-mêmes : le bateau d'examen doit faire plus de 4,50 m avec un garde-corps, un jet-ski ne peut pas servir. Mais rien n'interdit de financer le permis d'un membre. Ce qui est réservé aux écoles, c'est enseigner, et la frontière tient dans ce verbe.

La mécanique qu'on copierait vient d'une ligue sportive, le seul contrat complet qui existe sur ce montage : le membre avance, on rembourse après obtention, étalé sur la durée de son pass, environ deux mille cinq cents francs par mois sur douze mois. On ne décaisse que sur résultat, et s'il part au bout de quatre mois le reste s'arrête tout seul.

Aucun club de jet-ski au monde ne le fait. Trois clubs de bateaux français offrent le permis, et c'est tout.

Le concret

Où les machines dorment, et par où elles vont à l'eau

C'est la partie qui décide de plus d'argent que je ne l'aurais cru, et elle est réglée.

L'accès à l'eau : 66 000 XPF par an, pour toute la flotte

Il y a une ligne dans le guide des tarifs du port autonome que personne ne regarde : 5 500 XPF hors taxes par mois pour l'accès véhicule, remorque et plan incliné à la marina Taina. Pour l'ensemble des cinq machines, pas par machine. Moins de sept mille francs par mois pour mettre le club à l'eau.

Mais deux clauses décident avant le prix, et c'est le premier appel que je passe. Le règlement réserve les rampes aux abonnés, et toute activité commerciale sur le site exige un contrat avec le gestionnaire, validé par le port. Sans cet accord, on n'a pas de point de mise à l'eau. Je ne te le cache pas parce que c'est exactement le genre de détail qui fait capoter un projet six mois plus tard.

À noter : Faa'a n'a aucune rampe publique, vérifié de trois façons. Son seul accès est privé, celui d'un hôtel, où opère déjà un concurrent. On exerce à Faa'a, on met à l'eau à Punaauia.

Le rangement : entre neuf mille et six cent cinquante mille francs par machine

Selon l'endroit, et l'écart sur cinq machines atteint trois millions par an. Un terre-plein du port coûte neuf mille francs par machine et par an au tarif officiel. Un entrepôt en zone d'activité, autour de deux cent cinquante mille. Un local en bord de route à Faa'a, six cent cinquante mille : payer une vitrine commerciale pour y ranger des remorques est le pire arbitrage possible.

Le port à sec est écarté malgré son prix : le forfait comprend quatre mouvements d'élévateur par mois, puis trois mille trois cents francs l'unité et le double le dimanche, quand trois créneaux par jour en demandent jusqu'à quatre-vingt-dix. La seule voie praticable est la remorque, ce qui nous ramène le rinçage à la charge, et j'y reviens juste après.

La partie que je ne veux pas que tu découvres plus tard

Trois choses ne sont pas prouvées

Tout ce qui précède vient de textes lus et de prix relevés. Ces trois-là, non. Si tu dois retenir une seule page de ce dossier, c'est celle-ci.

Le prix des abonnements

Quatorze mille neuf cents francs par mois en semaine, vingt-six mille neuf cents le week-end. Ce sont des hypothèses. Personne n'a jamais vendu ça en Polynésie, donc il n'existe aucun point de comparaison.

l'inconnue numéro un

L'assurance

Aucun devis n'existe pour cinq machines en location commerciale ici. Deux recherches indépendantes ont échoué. On sait qu'il faut un contrat professionnel dédié, parce que le contrat plaisance exclut la location noir sur blanc. On ne sait pas ce qu'il coûte.

un appel à passer

Le ratio de dix membres par machine

Aucun club de jet-ski au monde ne publie le sien. Ce chiffre vient du bateau. On part dessus faute de mieux, en auditant le remplissage chaque mois pour geler les inscriptions si le week-end sature.

emprunté

Le prix se teste avant qu'on dépense un franc. Une page web, de la publicité ciblée sur les Îles du Vent, et on mesure les pré-inscriptions à trois niveaux de prix. Si une campagne sérieuse ne rassemble pas une dizaine d'intentions, le marché a répondu, et ça nous aura coûté une page web au lieu de onze millions. Je ne veux pas t'embarquer avant d'avoir cette réponse.

Et une quatrième, qui n'est pas un chiffre. Le rinçage à l'eau douce après chaque sortie est un geste humain, répété trois fois par jour, par des gens qui ne possèdent pas la machine. Ne pas le faire divise la durée de vie par deux à trois. C'est le point de rupture le plus probable de tout le plan, et c'est un problème d'organisation, pas d'argent.

Ce que je te demande

Trois choses, et une seule est urgente

Ce que tu apportesCe que ça vaut
Ton père, et ce qu'il saitL'entretien est le poste qui tue les flottes en eau salée. Savoir quelles machines tiennent, ce que coûte une révision, à partir de combien d'heures ça devient un gouffre, ça vaut des semaines de recherche. C'est la seule chose dont j'ai besoin tout de suite.
Une présence le week-endLa loi impose une déclaration signée à chaque location. Seul, je suis pris tous les samedis de la saison. C'est la seule partie du projet que le logiciel ne peut pas absorber.
Ton dossier bancaireUn revenu régulier est ce que la banque veut voir. C'est ce qui débloque le financement, et c'est aussi ce dont je ne saurai si j'ai besoin qu'après leur réponse.

Ce document n'est pas une proposition d'association. Je n'ai pas encore la réponse de la banque, et c'est elle qui décide de la forme. Te proposer des parts aujourd'hui serait te vendre quelque chose que je ne peux pas encore chiffrer. Je préfère t'expliquer le projet en entier et te demander ce que tu veux, dans cet ordre.

Ce que tu risques

J'ai fait vérifier ça pour toi, et il y a une mauvaise nouvelle

On avait imaginé que tu sois sur le terrain et moi au back-office, et que la responsabilité suive celui qui tient l'eau. Ça ne marche pas comme ça, et il vaut mieux que tu l'apprennes maintenant.

Deux associés ne peuvent pas se transférer la responsabilité pénale

Le mécanisme qui la déplace vers celui qui tient le terrain exige un lien de subordination : un patron délègue à son subordonné, pas un associé à son égal. Entre nous deux, elle ne vaut rien, dans aucun sens. Seul un salarié réel, compétent et doté du pouvoir d'annuler une sortie peut la recevoir, et à cinq machines ce poste n'existe pas encore.

Concrètement : je serai le gérant, assumé, et je porterai cette responsabilité. Ce n'est pas de la générosité, c'est que le rôle que j'exerce réellement fait de moi le dirigeant avec ou sans le titre.

Et voici ce qui te protège, si tu entres

Comme associé apporteur sans fonction de direction, ton exposition est limitée à ton apport. Tu ne risques pas plus que ce que tu mets.

Une seule condition, et je te la dis avant qu'on signe quoi que ce soit : cette protection tient tant que tu n'arbitres pas. Si tu te mets à fixer les prix, décider des achats et embaucher, tu deviens dirigeant de fait, tu prends le risque pénal complet, et tu n'as rien gagné en échange. Ça ne veut pas dire que ton avis ne compte pas, ça veut dire que les décisions de direction se signent par une seule personne.

Sur l'assurance, ce qu'on sait déjà : une clause qui limiterait notre responsabilité est nulle en Polynésie, le papier signé « je renonce à tout recours » ne vaut rien. Ce qui nous défend, c'est de prouver qu'on a fait ce qu'il fallait, et c'est le logiciel qui produit cette preuve tout seul à chaque sortie : déclaration signée et horodatée, permis en pièce jointe, photos d'état au départ et au retour, briefing tracé, carnet d'entretien par machine.

La suite

Ce qui se passe maintenant

La seule chose que je te demande aujourd'hui : qu'est-ce que tu veux en tirer, toi ? De l'argent, un jet-ski à disposition, ou une vraie affaire ?

Les trois ne mènent pas au même montage, et je préfère qu'on le sache maintenant plutôt que dans un an.